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Bon théâtre!
Lundi 8 janvier 2007

Incursion en territoire français

 

 

 

 

Avant les fêtes, je suis allée m’inscrire au consulat français de Montréal, afin de pouvoir voter aux présidentielles. C’est qu’avec ce qui s’en vient, ce n’est pas le moment de niaiser… En fille organisée, j’ai téléphoné avant d’y aller pour savoir quels papiers je devais apporter. Réponse sans équivoque, du style à m’impressionner par sa précision :

 

-         Carte nationale d’identité française,

 

-         Carte de résident permanent,

 

-         Justificatif de domicile,

 

-         Photo.

 

 

 

Les heures d’ouvertures m’ont aussi impressionnée, mais cette fois moins favorablement: 8h30-12h. Une chance que je ne travaille pas. Enfin que je ne sois pas salariée, car il aurait fallu que je prenne (il eut fallu que je prisse) une demi-journée de congé. Faut avoir une sacré conscience citoyenne pour ça…

 

 

 

À 11h, je me pointe au consulat. Je suis accueillie par un garde revêche (québécois) qui me désigne une file de l’autre côté du couloir. Perspicace, j’en déduis que c’est là qu’il faut attendre. Après une heure et quart d’attente (probablement pas ici qu’on va battre des records d’abstention), me voilà de nouveau devant le garde revêche, qui, après une fouille en règle, m’autorise à pénétrer dans le sanctuaire. Ouf. Ah ben non. Pas ouf. Je suis dirigée dans une salle de deuxième attente, cette fois avec un numéro qui m’informe qu’il y a environ 30 personnes avant moi. C’est pas gagné, comme dirait l’autre. Bon, je patiente. Je patiente. Je patiente. Je m’impatiente. Ok, il faut que j’annule mon lunch avec Stéphane. “Excusez-moi monsieur le garde (pas revêche), pourrais-je téléphoner s’il vous plait?” Pas de problème. Pourquoi donc avais-je déjà anticipé qu’il y aurait un problème. Après tout, les appels sont gratuits à Montréal. Le garde pas revêche m’ouvre une porte et je me retrouve… dehors. Euh, mais euh, c’est que, euh… Y a pas de téléphone au consulat???? Ah non. Faut redescendre au rez-de-chaussée. Là, il y a des cabines. Mais, mais, mais, vous allez me laisser re-rentrer hein? Oui. Encore une fois, pourquoi je m’inquiète? Ben oui, pourquoi?

 

 

 

De retour dans la salle d’attente, je constate que mon numéro est encore loin. Alors je patiente. Je patiente. Je patiente. Finalement mon numéro sort. J’en arrivais à me dire que j’avais une chance sur 100 millions, alors je suis crissement contente. J’explique à la madame insipide du comptoir que je suis là pour m’inscrire sur les listes électorales. Elle le note… et me renvoie à ma place. Pardon???? Oui madame, on va vous appeler. Mais comment ça? On ne peut pas le faire maintenant? Non madame, on va vous appeler. Retour dans la salle. Là, je ne patiente plus du tout. J’attends. Et j’ai perdu mon sourire depuis un boutte. On finit par m’appeler. Il est 13h45. Je tente de garder un semblant d’amabilité (et de dignité) quand une dame qui ne m’a (encore) rien fait m’introduit dans son bureau.

 

 

 

Je sors mes pièces et j’attends (ça devient une habitude). La dame aussi attend. Mais quoi donc? Mon passeport, Mon passe---- quoi????? Votre passeport, madame, il me faut votre passeport pour faire les papiers. On se calme, on se calme.

 

        Je n’ai pas mon passeport, parce que, voyez-vous, j’ai téléphoné pour demander ce que je devais apporter et personne ne m’a parlé de mon passeport. Regardez, j’ai la liste là. Y a pas écrit passeport dedans.

 

        Évidemment, la pauvre jeune fille du standard est débordée. Ce n’est pas de sa faute si vous vous inscrivez tous à la dernière minute…

 

Mais oui, bien sûr, que chu bête! Quand les services publics ne fonctionnent pas, c’est de la faute de l’usager, bien sûr. Comment ai-je pu perdre de vue une évidence de ce genre?

 

 

 

À vrai dire, je ne comprends pas vraiment pourquoi on a besoin de mon passeport vu que j’ai apporté ma carte d’identité. Considérant le regard empli de commisération que me jette la dame quand je pose la question, il semble que mon incompréhension soit le signe évident de mon intelligence limitée. “Mais enfin, c’est l’étranger ici. Pour y être vous devez avoir un passeport.” Justement, j’y suis. Ça veut donc dire que j’en ai un. Je ne suis pas venue à la nage, tabarnak!!!

 

 

 

Constatant les jets de fumée qui sortent de mes narines, et craignant probablement que je lui refasse le portrait, la dame a finalement décidé d’être compréhensive et elle m’a autorisée à faxer mon passeport plus tard. Je n’ai pas de fax, mais ce n’est pas grave, je me débrouillerai. Tout ce que je demande c’est de ne plus jamais remettre les pieds ici. Cette brève incursion en territoire français m’a mis dans un état d’énervement que je n’avais plus connu depuis longtemps. Depuis que je vis ici en fait.

 

 

 

Portez-vous bien et si le métro est en grève, battez votre coulpe.

 

 

 

Aurélie, peace and love and zen attitude.

 

Par Aurelie au Canada (Copyright) - Publié dans : Chroniques (copyright)
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«Entrer chez les gens pour déconcerter leurs idées, leur faire la surprise d’être surpris de ce qu’ils font, de ce qu’ils pensent, et qu’ils n’ont jamais conçu différent, c’est, au moyen de l’ingénuité feinte ou réelle, donner à ressentir toute la relativité d’une civilisation, d’une confiance habituelle dans l’ordre établi.» Paul Valéry (merci Annie)

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