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«Entrer chez les gens pour déconcerter leurs idées, leur faire la surprise d’être surpris de ce qu’ils font, de ce qu’ils pensent, et qu’ils n’ont jamais conçu différent, c’est, au moyen de l’ingénuité feinte ou réelle, donner à ressentir toute la relativité d’une civilisation, d’une confiance habituelle dans l’ordre établi.» Paul Valéry (merci Annie)

3 janvier 2005 1 03 /01 /janvier /2005 00:00

 

 

 

Une semaine à La Havane

 

 

 

Pas facile d’aimer La Havane au premier coup d’œil… Dans les grandes artères se massent des dizaines de voitures exhalant une épaisse fumée noire et puante. Asphyxié, anéanti par le vacarme infernal des vieux moteurs, on court se réfugier dans une petite rue et là c’est pire. Chaussée défoncée, flaques d’eau croupie, bennes à ordures débordantes et pestilentielles, immeubles en voie d’effondrement ou carrément effondrés, chiens pelés, galeux, morts de faim… Partout la sensation de crasse et de misère. On se surprend à regretter de ne pas avoir choisi la formule « tout compris » au bord de la plage. On maudit son soi-disant amour de la découverte, on se jure qu’on ne se vantera plus d’être un vadrouilleur, on a presque envie de pleurer en envisageant le cauchemar que ne manquera pas d’être le séjour. Et puis… et puis on s’habitue et on commence à apprécier ce que les guides touristiques nomment le charme décadent de La Havane.

 

 

     

 

 

 

A chaque coin de rue une façade ouvragée ou une vieille américaine – Dodge, Buick, Chevrolet – rappelle l’histoire de la ville. Partout des enfants jouent à la toupie et au base-ball. Les vieux claquent les dominos à la  lumière du soleil ou de l’un des rares lampadaires de la ville. Les femmes bavardent sur le pas de la porte, tranquilles, les hommes regardent le temps passer accoudés au balcon. Certains font cuire du poisson sur un feu de camp improvisé en pleine rue, d’autres espèrent gagner quelques pesos en vendant des sucres d’orges aux passants, d’autres encore, et ils sont nombreux ceux-là, font la queue. On ne sait pas bien ce qu’ils attendent mais c’est dit : il y a des choses qui nous échappent dans ce pays. Comme les contrôles policiers incessants et inopinés qui semblent toucher tout le monde sans distinction et sans que nous comprenions ce qui les motive.

 

 

   
     
     

 

 

 

Le soir, les rues sont noires. Pas d’électricité sauf dans les quartiers touristiques. Mais on entend des voix, on sent des présences. A croire que le Cubain ne dort jamais. D’ailleurs nous sommes épuisés à force d’être réveillés la nuit. Combien y a-t-il de personnes dans cette maison ? Et surtout, combien y a-t-il de personnes qui ne possèdent pas la clé et qui sonnent à trois heures du matin ? Ah oui, nous dormons chez l’habitant. Moins cher, plus convivial.

 

Rosie et Ester, les domestiques, qu’Isabel la maîtresse de maison présente comme ses amies, nous font la causette chaque matin et chaque soir dans une langue que nous avons inventée pour l’occasion et qui mêle allègrement le français, l’espagnol et l’anglais. Rosie nous apprend que sa fille Evelyne va partir travailler au Canada – elle fait des études d’ingénieur. Ah bon, on peut partir ? Oui, si on a une invitation et que le gouvernement nous donne une autorisation spéciale. Après, il suffit de ne pas rentrer, de disparaître dans la nature. Parce qu’ici c’est « una dictatura. » On n’osait pas en parler les premiers. Le mari d’Isabel, lui, est allé en Tchécoslovaquie avec sa femme. Il y a été envoyé par le gouvernement, pour le récompenser de ses bons et loyaux services car il travaille dans la Garde Nationale. Je me demande ce que signifient « bons et loyaux services » quand on est policier au sein d’une dictature communiste… Il vaut peut être mieux ne pas le savoir.

 

La vie est très chère pour le touriste de passage à Cuba. Il faut bien que le gouvernement ramasse un peu de devises. La manne touristique est totalement accaparée par le gouvernement et tous les restaurants et bars (pour touristes) sont la propriété du mystérieux Habaguanex S.A. Lorsque les Cubains sont autorisés à posséder un restaurant (paladar) ou à louer des chambres (casas particulares), ils sont littéralement écrasés par les taxes. Il faut dire que depuis la chute de l’URSS, les rentrées d’argent se sont faites rares. L’économie du pays est dévastée. Il y a bien des magasins mais ils sont vides. Nous l’avons constaté de nos propres yeux en faisant un petit tour dans des grands magasins et galeries commerciales. Les seuls magasins approvisionnés sont ceux où l’on paie en pesos convertibles (CUC), la monnaie réservée aux touristes. On se demande comment les Cubains arrivent à y acheter quelque chose vu que le salaire moyen est de 15 CUC par mois, mais ils y arrivent. Certains du moins. Encore quelque chose qui nous échappe. Rosie, elle, ne s’achète jamais de tukola (le coca local) ou de biscuits (une seule sorte, presque immangeable), jamais rien en fait. Elle change seulement ses pesos nationales pour des convertibles afin d’acheter du savon et du détergent. Et pourtant elle est sans doute mieux payée que la plupart des employés : 20 CUC par mois.

 

Dans l’interminable file d’attente de la banque, je constate et je m’étonne que de nombreuses personnes portent des Nike. Ce doivent-être des fausses. Mais non, il y a bien un magasin qui en vend dans le centre-ville : 95 CUC la paire… Quand je dis que quelque chose nous échappe.

 

Pour les produits de base, il y a des tickets de rationnement que l'on utilise dans les magasins communautaires et qui doivent assurer une répartition égalitaire du ravitaillement. Ça fonctionne : tout le monde manque de tout. Je ne sais pas quelle est la part de responsabilité respective de l’embargo et de la gestion économique du régime en place mais j’ai quand même tendance à penser que priver volontairement une population civile de nourriture et de médicaments est assez lâche. Surtout de la part d’un pays qui prétend donner l’exemple au reste du monde.

 

 

 

 

 

 

Constamment, nous sommes pris à parti. Taxi my friend, cigares my friend ? Nous avons un nombre incroyable d’amis à La Havane. Discrètement. Car les Cubains n’ont pas le droit de parler aux étrangers à moins qu’ils ne travaillent officiellement dans le tourisme. L’homme qui nous a conduits à l’aéroport, un ami d’Isabel, nous a prévenus : si on nous arrête, il faut dire que nous nous sommes rencontrés en Espagne en 1997. Parce que lui, il a eu la chance de voyager – il est économiste. A l’aéroport, il me claque une bise, probablement en souvenir de notre rencontre en Europe.

Nous avons croisé un prof de français bien content de pouvoir pratiquer un peu qui nous a faussé compagnie dès qu’il a aperçu un képi – un béret en fait, en nous expliquant discrètement qu’il ne devait pas être vu avec nous. Et des bérets, il y en a. Un policier tous les 50 mètres environ. Après avoir ébauché une sorte d’ouverture sur l’étranger à la fin des années 1990, Castro a fait volte-face et a de nouveau durci le régime. Une centaine de personnes, opposants au régime, intellectuels, a été arrêtée au printemps 2003 et croupit en prison (3 ont été exécutés). Amnesty International dénonce les tortures dont sont victimes les prisonniers politiques. On comprend que le prof de français fasse gaffe.

Certains engagés politiques diront que le régime a sauvé le pays de l’analphabétisme, amélioré le système médical, le réseau routier. C’est vrai. D’ailleurs le gouvernement ne perd pas une occasion de le rappeler à ses concitoyens. Toutes les demi-heures, un spot publicitaire en avise le téléspectateur. Pour ceux qui n’ont pas la télé, les affiches feront l’affaire. Et quand on n’a pas d’affiche, on peint les murs. « Le socialisme ou la mort. » Au moins on est prévenu.

 

 

     

 

 

 

Le visage de Che Guevara est omniprésent. Fidel Castro fait honneur à son prénom. Je n’en peux plus de voir sa tronche stylisée sur tous les murs de la ville et d’entendre chanter ses louanges dans tous les bars et restaurants. Les musiciens ont deux tubes dont ils abreuvent les touristes : Che Guevara et Guantanamera. Impossible de boire un mojito sans les subir. Ca me rend aussi malade que les chants de Noël avant de partir. Et en plus on devrait les payer pour ça (si ce n’est acheter leur disque) !

 

     

 

 

Pour ceux qui n’ont que de vagues souvenirs de leurs cours d’histoire, et dont je faisais partie il y a quelques jours, je rappelle qu’Ernesto Guevara, dit Che Guevara, a aidé Castro à renverser le dictateur Batista en 1959. Il est ensuite allé sauver d’autres peuples (Congo, Bolivie) avant d’être assassiné par la CIA. Un emmerdeur pour les Américains, un héros pour certains, un mégalomane égocentrique de mon avis personnel : je suis fatiguée des messies et sauveurs en tout genre. (Mais c’est parce que je suis blasée et sans idéal…)

 

 

 

La Havane se situe au bord de l’eau. Son port, régulièrement pillé par les pirates, a longtemps assure sa prospérité. Aujourd’hui, il fait bon flâner sur le Malecon – le boulevard qui longe la mer – quand les vagues ne sont pas trop grosses (sans quoi on se fait asperger.) Quand il fait beau, on se promène en amoureux, on sort sa canne à pêche ; les gamins se baladent sur les rochers et barbotent. Pas les touristes. Les touristes, eux, se rendent en taxi sur les « plages de l’Est », sable blanc et cocotiers. Nous sommes des touristes comme les autres (à part que nous négocions les prix du taxi) et nous y avons donc passé deux après-midi fort agréables. On était loin de l’hiver québécois, et assez contents d’y être. Ah, se faire arracher son maillot de bain par les vagues. Ah, manger du poisson grillé sous un parasol. Ah, acheter une malheureuse noix de coco 2$ / CUC. Les vacances quoi ! Le poisson grillé est d’ailleurs à peu près la seule chose mangeable dans ce pays. Pas étonnant, c’est sûr, mais on espère quand même toujours un peu de cuisine locale. La seule cuisine qui soit à peu près locale c’est le riz aux fèves et les bananes plantin frites. A part ça on mange des morceaux de poulet non identifiés et du porc desséché. Point. Le tout à des prix exorbitants.

 

     
     
     

 

 

 

Les trois principaux quartiers de la ville sont Habana Vieja – la vieille ville, Habana Centro et le Vedado. Nous les avons arpentés dans tous les sens. La vieille ville est peu à peu rénovée grâce aux revenus du tourisme et aux fonds de l’Unesco (la ville est classée au patrimoine mondial de l’humanité.) Certaines rues et places ont franchement fière allure (mais moins de charme.) Dans le centre pas grand chose à voir si ce n’est une ruelle entièrement relookée par un artiste loufoque que les grandes capitales s’arrachent si l’on en croit le guide du Routard. Pour le reste, beaucoup d’immeubles délabrés, effondrés ou consolidés par des poutres en bois. Le Vedado est plus résidentiel avec des arbres et beaucoup de belles maisons, plus très en forme neanmoins. Dans certaines rues on se croit à la campagne avec de l’herbe et des poules. Il y a aussi Miramar, le quartier des ambassades et des hôtels de luxe mais c’est un peu excentré et nous  n’y sommes pas allés.

 

 

     

 

 

 

Pour les Cubains aussi, le principal mode de transport est les pieds mais il y a également beaucoup de vélos (et de bicy-taxis). Il y a aussi des bus, toujours bondés, qui sont en fait des semi-remorques et que nous n’avons pas empruntés. D’abord parce qu’on préfère marcher, ensuite parce qu’il y en a peu et surtout parce qu’il faut payer en pesos nationales et que nous n’en avions pas ; nous avons essayé de nous en procurer à la banque, sans succès, et avons renoncé assez rapidement sachant qu’ils ne servent de toutes façons que pour le bus (les touristes doivent tout payer en pesos convertibles. Oui je sais c’est vraiment bizarre cette histoire de double monnaie.)

 

 

     

 

 

 

Le 31 décembre (chacun sait combien j’aime les festivités du Nouvel an), nous avons mangé au restau comme tous les soirs et bu des cocktails dans un bar comme tous les soirs. Mais nous avons aussi découvert les coutumes locales : balancer de l’eau par-dessus le balcon et lancer des œufs et des noix de coco. Ca paraît étrange de jeter la nourriture par les fenêtres (littéralement) quand on en manque, mais si ça porte bonheur…

 

 

 

Vous l’aurez compris, la semaine est vite passée et je suis ravie de mon voyage. De retour à Montréal je constate qu’il y a toujours des guirlandes de Noël sur les maisons, des chants de Noël à la radio et de la neige sur les trottoirs. En fin de compte rien n’a changé à part moi qui ai du rhum plein les veines.

 

 

 

 

J’espère que vous avez tous passé de bonnes vacances (si vous aviez des vacances) et que vous allez me les raconter.

 

 

 

Grosses bises.

 

 

 

 

Aurélie de retour au Canada

 

 

 

 

PS : ne vous étonnez pas si vous ne recevez pas de carte postale. La poste cubaine n’étant pas des plus performantes, j’ai décidé de m’abstenir.

 

 

 

 

 

 

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Published by Aurelie au Canada (Copyright) - dans Chroniques (copyright)
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commentaires

lyns 23/06/2007 22:10

Très intéressant à lire, j'en ait appris un peu plus sur un pays trèèèèèè flou pour mwa ...Jme dit que je devrais peut-être l'ajouter à ma liste de pays à visiter ...

sergio risi 24/06/2006 22:02

reportage interessant mais pourquoi raconter des inexactitudes?
Je suis allé à Cuba 5 fois déja et je parle espagnol. Raconter qu'il est interdit aux cubains de parler avec les touristes est une aberration car jamais et je répéte jamais, je n'ai eu de problème à parler avec un passant devant un policier ou une voiture de police avec plusieurs policiers à l'intérieur.
Je suis allé un peu partout à Cuba et partout, j'ai parlé aux gens dans la rue, les commerces, sur le pas de la porte ou ailleurs.
amicalement

thomas 31/03/2005 19:18

sale pute che guevara est un homme a respecter et c un exemple a suivre VIVE LE CHE !!!!!

Auguste et Annick et Titi 07/01/2005 20:08

Merci pour cette petite visite très dépaysante... un vrai travail de grand reporter avec de superbes photos à l'appui !
Nous avons découvert ce blog avec beaucoup de plaisir... et revu avec beaucoup d'émotions les photos d'un très bon ami (ici connu sous le nom de Mage, utime rempart de l'occident chrétien - bon, c'est vrai, j'en rajoute un peu).
Belges bises !

Geoffrey 06/01/2005 11:11

Salut!
Quel magnifique commentaire en effet! Je n'ai pas du tout l'impression de lire un guide touristique, mais bien du vecu, c'est genial et tellement plus profond, et vrai!
Pour ma part, j'etais a Lille pour feter Noel, le dernier avant le grand depart: decollage le 12 mai a 11h55 de Paris.
Aujourd'hui je viens de donner ma demission au boulot. Tot? Bah non, le preavis est quand meme de trois mois!
Bisous,
JEFF