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Aurélie au Canada...
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Critiques de théâtre : vous pouvez me lire
Réseau routier
La chaussée montréalaise ressemble fort à celle de n’importe quelle capitale en voie de développement : on y trouve des trous, des bosses, des ornières, des cavités, des accrocs, des déchirures, bref elle est ce qu’on pourrait appeler défoncée. Totalement défoncée.
Tous les ans à la fin de l’hiver, la presse, la radio, les citoyens ne parlent que de ça : les nids-de-poule. Typiquement le genre de mot que je n’employais jamais avant et qui fait désormais partie de mon vocabulaire courant assorti de quelques jurons : « crisse de nid-de-poule » « tabarnac, encore un nid-de-poule », « j’ai bien failli me casser une jambe dans c’t’ostie de nid-de poule », etc.
Pour vous expliquer, un nid-de-poule, c’est un trou au milieu de la route. Un gros trou. Un très gros trou. Le genre de trou qui vous bousille un essieu. Le genre de trou qui vous sabote un tibia. Bref, le genre de trou dans lequel il vaut mieux ne pas tomber, à pied, à cheval ou en voiture.
Le responsable ? Le climat bien sûr ! Avec des écarts de températures de 60 degrés entre l’hiver et l’été, on comprend que le bitume passe par des moments difficiles. Cependant le climat n’est pas le seul fautif et on accuse aussi la faiblesse des investissements municipaux. Et de comparer la situation avec d’autres villes au climat rigoureux, canadiennes ou non. Et de s’apercevoir que l’état de la chaussée montréalaise est catastrophique voire honteux.
De mon côté, après avoir vu des mes yeux vu les cols bleus (i.e. les employés de la ville) à l’œuvre cet hiver, je suis tentée de pointer du doigt un certain manque de méthode. Je ne suis pas une spécialiste de l’urbanisme, c’est vrai. Je ne suis pas diplômée ès voirie non plus, mais il me semble quand même que le mode de traitement des nids-de-poule laisse quelque peu à désirer.
Tout bon bricoleur sait bien qu’avant de reboucher un trou, il faut l’agrandir. Elargir la fissure avant de mettre l’enduit. Sinon ça ne tient pas. Ne serait-il pas logique de faire la même chose sur la route et non de se contenter de droper une louche de goudron dans le trou sans autre forme de procès ? (Un gars qui drope, 3 gars qui le regardent plus un qui fait la circulation et un qui reste au volant du camion.) Parce que ce genre de colmatage-là tient 2 jours. Je l’ai constaté moi-même cet hiver au coin de Jeanne Mance et Des Pins. Réparation le lundi matin, re-trou le mercredi matin.
Si on compte que chaque trou mobilise une équipe de 6 personnes pendant une demi-journée et doit être rebouché tous les deux jours, cela fait que ces 6 personnes passent tout leur temps de travail annuel à boucher et reboucher 4 trous (considérons pour simplifier la démonstration que les vacances de la construction ont été abolies…) : un le matin, un l’après-midi, un le lendemain matin, un le lendemain après-midi, re le premier le surlendemain matin, etc. Si on considère que la chaussée totalise environ 2 millions de trous, nous avons donc besoin de 3 000 000 de personnes employées à temps plein pour réparer les nids-de-poule et ce sans jamais prendre de vacances. Je commence à comprendre pourquoi les rues ressemblent à ça :
Bonne journée à tous !
Aurélie, inspecteur des travaux finis.
«Entrer chez les gens pour déconcerter leurs idées, leur faire la surprise d’être surpris de ce qu’ils font, de ce qu’ils pensent, et qu’ils n’ont jamais conçu différent, c’est, au moyen de l’ingénuité feinte ou réelle, donner à ressentir toute la relativité d’une civilisation, d’une confiance habituelle dans l’ordre établi.» Paul Valéry (merci Annie)