Aurélie, chez le dentiste nord-américain
Cela faisait quelque temps que j’avais mal aux dents, mais je me refusais à aller chez le dentiste, persuadée que cela allait me coûter un bras. Quand la douleur est devenue trop vive et que j’ai commencé à craindre pour mon nerf (et mes nerfs), j’ai finalement pris un rendez-vous. Simple (naïve), je demande à la secrétaire (standardiste) si je peux avoir un rendez-vous (consultation), car j’ai mal aux dents (faut arrêter les bonbons).
La dame rechigne, hésite, et… met en doute ma bonne foi. Et si, si, si ce n’était pas une carie, hein, hein, hein??
La procédure veut que je commence par passer entre les mains d’une assistante dentaire qui, après diagnostic, déterminera que je peux voir un dentiste lors d’un second rendez-vous. Ah ben si c’est la procédure, moi, je m’exécute, hein, je ne vais pas faire d’histoires. Rendez-vous pris.
L’assistante regarde, prend une radio sans me mettre les doigts dans la bouche (ce qui est tout-à-fait nouveau pour moi), me souffle de l’air sur la dent, ne sais pas, ne sais plus, est perdue. Finalement, un des dentistes du centre dentaire (pas cabinet : centre) trouve la dent en cause et confirme qu’il y a sans doute une carie et qu’il va falloir revenir. Ok pas de problème, finissons-en avec cette maudite dent (enfin façon de parler, hein!). Rendez-vous pris avec un autre dentiste, car celui qui m’a examiné n’est pas disponible avant 5 semaines et que moi, entre temps, j’ai mal.
- Parfait, merci, au revoir.
- Vous réglez comment? Ça fait 49$. C’est la procédure.
- 49$ alors qu’on n’a rien fait ?!?!?!
- …
- Ok, visa.
15 jours plus tard, j’y retourne. Me voilà introduite auprès du Dr C. et de son assistante (encore une, mais pas la même, ouf!). Elle confirme (carie), elle me pique (gèle) et elle s’en va. L’assistante me rassure – elle va revenir – puis sort à son tour. Ah bon, ben ok alors. 10 minutes plus tard tout le monde revient. Il semble qu’entretemps la dentiste soit allée examiner quelques personnes qui se trouvaient probablement entre les mains de ma première assistante, qui ne sait pas, qui ne sait plus, qui est perdue (ok, je suppute). Sueurs froides. A-t-elle changé de gants entre nous deux? Ah oui, je la vois qui se désinfecte et enfile une nouvelle paire de gants avant de plonger vers mes amygdales.
Tout semble se dérouler normalement : elle a saisi une fraise et commence à creuser. C’est alors…
C’est alors qu’une seconde paire d’yeux se fixe sur ma cavité buccale et qu’une seconde paire de mains y plonge des instruments. Gloups (enfin façon de parler, car la paire de mains de l’assistante s’évertue à m’éviter de déglutir, aspirant toute forme de sécrétion en une nanoseconde). Tant de monde plongé dans mon intimité, ça m’intimide. Je sens que je me crispe. Sans doute est-ce parce qu’ils savent que les patients dans cette situation vont désespérément se mettre en quête de nouveaux horizons que les fondateurs du centre (pas cabinet, hein) ont collé sur le mur une affreuse peinture représentant la mer vue d’une fenêtre. J’essaie de m’y noyer, mais peine perdue, je continue de me crisper et le torticolis me gagne. J’envisage de bouger, mais je crains que la fraise ne happe ma langue et n’en arrache un morceau, alors je m’abstiens.
De concert, mes deux tortionnaires décident de me laisser un peu de répit avant de reboucher le trou et… s’en vont. J’attends. J’attends. J’attends (tiens, ça me rappelle le consulat de France), et puis je décide de piquer un somme. La dentiste me réveille en s’excusant : un nettoyage à superviser. Mais, je vous en prie, faites comme chez vous.
On recommence à s’affairer sur ma dent et je réalise qu’on n’a jamais employé autant de produits différents pour me soigner une carie. Des mots étrangers sont froidement jetés par la dentiste toutes les 10 secondes. L’assistante comprend manifestement de quoi il retourne, car elle lui tend immanquablement quelque chose en réponse.
Après encore quelques allers-retours entre moi-même et d’autres clients, la dentiste m’annonce qu’elle est fort satisfaite de son travail (ah ben tant mieux dis donc…) et que je peux m’en aller, en direction de la caisse.
- Ça fera 217$...
- 217….??!??!?!?!!
- …
- Ok, visa.
Ceci se passait en mai dernier. Hier, je me suis cassée une dent et j’ai bien failli perdre la raison en anticipant le prix que me coûterait une couronne. Bilan des courses : pas de couronne, le dentiste a réussi à reconstruire un semblant de dent et pense que cela devrait pouvoir tenir. Dois-je préciser qu’il s’est déclaré satisfait de son travail?
Et quand j’ai appris que son travail satisfaisant me coûterait SEULEMENT 265$, j’ai bien failli l’embrasser.
Me semble qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans tout cela…
Portez-vous bien et ne mangez pas de bonbons.
Aurélie, cinq minutes plutôt que trois.
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